Stéphan Gladieu

 / 
Jean-François et Mustopha à La Baule
Jean-François et Mustopha à La Baule
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Jean-Claude à Nice
Jean-Claude à Nice
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Delphine, Camille et Lucie à Nice
Delphine, Camille et Lucie à Nice
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Ayman, Elyas, Marwane et Sadidine. Deauville. France
Ayman, Elyas, Marwane et Sadidine. Deauville. France
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Yuliia et Christophe à Nice
Yuliia et Christophe à Nice
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Babou et Titus. Cancale. France
Babou et Titus. Cancale. France
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Maguy à Marseille
Maguy à Marseille
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Imed avec Ayoub et Mohammed à Juan Les Pins
Imed avec Ayoub et Mohammed à Juan Les Pins
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Magalie et Nanou à Soulac
Magalie et Nanou à Soulac
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Mao et David à Gruissan
Mao et David à Gruissan
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Vanessa et Mickaël à Berck
Vanessa et Mickaël à Berck
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Geoffrey à Juan Les Pins
Geoffrey à Juan Les Pins
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Ambre et Thomas au Grand Village Plage
Ambre et Thomas au Grand Village Plage
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Yasmine à Portiragnes
Yasmine à Portiragnes
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Grégory à Marseille
Grégory à Marseille
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Valentin, Salvador et Esteban. Biscarosse. France
Valentin, Salvador et Esteban. Biscarosse. France
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Sandrine et Simba à Juan Les Pins
Sandrine et Simba à Juan Les Pins
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Séraphim et Benjamin à Bray-Dunes
Séraphim et Benjamin à Bray-Dunes
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Ernest aux Saintes-Marie de la Mer
Ernest aux Saintes-Marie de la Mer
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Gereta et Mounina Mimizan
Gereta et Mounina Mimizan
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nathalie et Gregory à Cannes
Nathalie et Gregory à Cannes
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Lucyamma et Stevee à Barcarès
Lucyamma et Stevee à Barcarès
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Adriane et Anthony au Cap d'Adge
Adriane et Anthony au Cap d'Adge
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Laëtitia, Lyna, Mya et Lucile à Bray-Dunes
Laëtitia, Lyna, Mya et Lucile à Bray-Dunes
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Emilie et Vincent à Vias
Emilie et Vincent à Vias
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Sacha à Juan les Pin
Sacha à Juan les Pin
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nathalie, Anaïs, Caroline, Julie avec Françis, Antoine Thibaut, et Antoine à Marseillan
Nathalie, Anaïs, Caroline, Julie avec Françis, Antoine Thibaut, et Antoine à Marseillan
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Paola et jean-Philippe à Deauville
Paola et jean-Philippe à Deauville
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Sylvie et Pauba Vinga Farel à La Baule
Sylvie et Pauba Vinga Farel à La Baule
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Steven et Jason à La Baule
Steven et Jason à La Baule
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Julie et Sow à Deauville
Julie et Sow à Deauville
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Dominique à Berck
Dominique à Berck
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Louise et son papa Hugues à Etretat
Louise et son papa Hugues à Etretat
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Michel à Gruissan
Michel à Gruissan
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Muriel et Patrick à Berck
Muriel et Patrick à Berck
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Vivianne et Jean-Pierre à Roscoff
Vivianne et Jean-Pierre à Roscoff
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Catherine à Roscoff
Catherine à Roscoff
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Elodie et Gregory à La tranche sur Mer
Elodie et Gregory à La tranche sur Mer
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Raphaëlle avec Léo et Victor à Erdeven
Raphaëlle avec Léo et Victor à Erdeven
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Yade, Léa et Pascal à La Baule
Yade, Léa et Pascal à La Baule
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Julien et Lucas au Grand Village Plage
Julien et Lucas au Grand Village Plage
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Alexandre au Bois Plage
Alexandre au Bois Plage
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
El Hadji Idrissa et Pape Babacar à rivedoux
El Hadji Idrissa et Pape Babacar à rivedoux
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Satnam au Bois-Plage-en-Ré
Satnam au Bois-Plage-en-Ré
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Barbara, Pauline et Axelle à Rivedoux
Barbara, Pauline et Axelle à Rivedoux
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Elisabeth et Denis avec Lilie et Tom à St Trojan
Elisabeth et Denis avec Lilie et Tom à St Trojan
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Adeline et Claire à Soulac
Adeline et Claire à Soulac
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Emilie et Sylvain à Portiragnes
Emilie et Sylvain à Portiragnes
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Mathieu et Laurent à Soulac
Mathieu et Laurent à Soulac
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Estelle, Loïc et Charline à Biscarosse
Estelle, Loïc et Charline à Biscarosse
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Marine et Juliette au Cap d'Adge
Marine et Juliette au Cap d'Adge
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Kenny à Portiragnes
Kenny à Portiragnes
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Stéphanie avec Jaycee-lee et Mackenzie à Portiragnes
Stéphanie avec Jaycee-lee et Mackenzie à Portiragnes
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Isabelle et Frédéric à Marseillan
Isabelle et Frédéric à Marseillan
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Thérése et Mario à Bray-Dunes
Thérése et Mario à Bray-Dunes
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Alexandre au Bois Plage
Alexandre au Bois Plage
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Fanny, Stephan et Fripouille à Fos-sur-Mer à Fos-sur-Mer
Fanny, Stephan et Fripouille à Fos-sur-Mer à Fos-sur-Mer
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Xavier à Fos-sur-Mer
Xavier à Fos-sur-Mer
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Jacky et Magali à La Grande Motte
Jacky et Magali à La Grande Motte
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Manon et Benoit avec Garance à La Terrière
Manon et Benoit avec Garance à La Terrière
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Marine et Eddy à Beauduc
Marine et Eddy à Beauduc
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Flore et Abdou à La Grande Motte
Flore et Abdou à La Grande Motte
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Patrick à Perros-Guirec
Patrick à Perros-Guirec
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Inessa et Stephan à Deauville
Inessa et Stephan à Deauville
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Susie, Pierrick et Loca à Trégastel
Susie, Pierrick et Loca à Trégastel
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Véronique et Philippe avec Léa, Ronan et Lucas. Erdeven. France
Véronique et Philippe avec Léa, Ronan et Lucas. Erdeven. France
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
La Duchesse et Julien. Sète. France
La Duchesse et Julien. Sète. France
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Jean-Pierre et Nouchka à Bray-Dunes
Jean-Pierre et Nouchka à Bray-Dunes
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Sarah et Noé à Ploumanach
Sarah et Noé à Ploumanach
Aurèle à Beauduc
Aurèle à Beauduc
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
Nous sommes plus que jamais traversés par la question de l’identité ; plus précisément, par celle du rapport entre l’identité personnelle et l’identité collective. L’identification à un groupe d’appartenance a longtemps été le ciment matriciel des nations, des sociétés où, à plusieurs, parce qu’ils adhéraient à un corpus de valeurs et un référentiel culturel communs, les citoyens se reconnaissaient sous une bannière identitaire, le moyen de vivre en paix, ensemble, portés par un avenir commun. Sous l’effet des ubiquités offertes en temps réel par les technologies, des vitrines égotiques offertes par la désintermédiation des réseaux sociaux, de la circulation libre au-delà des frontières terrestres et du monde tangible, le besoin d’affirmer la singularité de l’être a pris le pas sur celui de se fondre dans un ensemble. D’élection en manifestation, de conflit en repli, face à l’inconnu et l’imprévisible, ce qui nourrissait autrefois le commun n’agglomère plus vraiment. On se construit désormais en opposition, par soustraction ou rejet de ce qui n’est pas soi. Le plus petit dénominateur commun a cédé la place au plus grand diviseur des intérêts particuliers, altérant la convergence dans l’intérêt général. « Dans la nature rien n’existe seul » écrivait Rachel Carson. Pourtant, aujourd’hui, les identités collectives nationales sont fragmentées en sous-groupes d’appartenance, eux-mêmes subdivisés en communautés micro-identitaires lesquelles résonnent par-delà les frontières. Comment se construisent aujourd’hui les identités collectives ? De cette question est née l’idée d’une trilogie. Déclinée en séquences de portraits réalisés dans l’unité de lieu d’un pays, elle interroge le rapport entre le groupe et l’individu, l’appartenance et l’apparence. Elle cherche à décrypter ce qui reste de la standardisation des idéaux collectifs supposés « faire société » face au désir universel d’exister individuellement dans son caractère propre, à la fois unique et multiple. Ce que l’on donne à voir aux autres, cette peau sociale, est-elle notre identité profonde ou un masque ? J’explore le rapport entre les signes d'appartenance à un groupe et les singularités ostentatoires de chacun. Je place chaque individu sur le même plan, à la même distance de l’objectif, composant une mosaïque d’ensemble qui révèle une convergence de différences. « Nord-Coréens », le premier volet de cette trilogie, est construit sur la répétition du « un ». Comme dans une peinture pointilliste, chaque individu se révèle dans un tableau d’ensemble, il n’est que l’un des composant de la réalité collective. Dans l’unité de lieu Corée du Nord, ma démarche photographique emprunte volontairement les codes de la propagande. En écho au régime dynastique et dictatorial qui a fait le choix d’un collectivisme invisibilisant l’individu autant que le peuple au profit de l’identité collective dogmatique, j’en ai fait la verticale de lecture de ce projet. Cet ouvrage offre à voir le second volet dédié à l’identité française par le prisme des vacances qui sont, à mes yeux, un révélateur de l’attachement farouche au modèle social français fondé sur une solidarité collective dont nous ne cessons, néanmoins de contester les limites ; les uns la trouvant trop couteuse, les autres, pas assez généreuse. Ainsi, la société française offre le paradoxe d’une identité mixte, laissant émerger un fort individualisme dans un ensemble fondamentalement régi par les standards d’un système de protection sociale collective. À cet égard, la sociologie de la plage est un révélateur unique de la société française, multi générationnelle, culturelle, ethnique et sociale. Tous les français s’y retrouvent, mis à nu dans une égalité aussi éphémère qu’illusoire, réunis par le désir de farniente dans un espace-temps convivial. Le bord de mer donne à voir une matrice composite où malgré toutes les différences, les bonheurs singuliers s’expriment à l’unisson, chacun seul au milieu des autres. Deux étés durant, en 2022 et 2023, accompagnés de mes merveilleux assistants, nous avons sillonné les côtes françaises, de la frontière belge à la frontière espagnole, puis après avoir longé les Pyrénées, de la frontière espagnole à la frontière italienne. Onze mille kilomètres en camionnette, cinquante-cinq stations balnéaires pour un voyage hors norme. Partout, nous avons été accueillis chaleureusement, par des familles, des couples, des bandes d’amis, des gens seuls… tous en vacances sur le littoral. Oui, ce fut une surprise, une bonne, je ne m’y attendais pas, on dit si souvent que les Français sont râleurs… Ce qui m’a le plus touché dans ce voyage à la rencontre de mes compatriotes, c’est la générosité de celles et ceux qui m’ont donné à voir un peu de leur monde intérieur. Et le témoignage de leur gratitude. Remerciements de les avoir regardés, de les avoir choisis, de les avoir mis en lumière. Mais vous êtes si émouvants, généreux, inattendus, vibrants, tout simplement beaux et surtout, tellement heureux. Je me retrouve dans les mots de Leïla Slimani lorsqu’elle évoque une solitude dans la création qui n’est en aucun cas de la misanthropie. Car effectivement, nous aimons les autres. Nous cherchons à « saisir le tremblement en chaque être ». Si le portrait me demande de m’approcher de mes sujets, il est vital pour moi d’entretenir la solitude intérieure qui me permet de me focaliser uniquement sur ce que mes yeux perçoivent. Je regarde, je prends un temps conséquent à observer pour tenter de comprendre qui me fait face et jusqu’où je peux avancer pour initier la connexion juste. J’ai conservé le même procédé sur l’ensemble de cette trilogie. Une unité de lieu (ici, la France), une verticale (la plage) et la mise en relief des personnages sur un arrière-plan qui ajoute une dimension à l’image. Dans mon protocole de travail, le territoire est l’élément primaire. Lorsque j’arrive à destination, je repère, je cherche des fonds de décor. L’arrière-plan est essentiel : il place mes sujets en accord avec un cadre qui permet à la fois le surgissement de l’imprévisible et le fantasme de l’hors-champ. Choisis avec soin, les décors accueilleront celles et ceux que j’aurai rencontrés fortuitement et choisis subjectivement en fonction de ce qu’ils provoquent en moi. L’individu est au centre de mon travail. J’ai fait le choix du portrait en pied, la pose est frontale et le regard direct. Le cadre varie peu, la lumière reste constante, la distance au sujet de plain-pied est souvent identique. Ce cadre de référence tend à sacraliser mes sujets. Je ne dirige pas mes modèles, j’avance à la manière du cinéaste Robert Bresson qui écrivait : « Je vous invente comme vous êtes. » Des héros du quotidien. En miroir de l’icône religieuse, qui offre une représentation symbolique du monde sans prétendre représenter le réel, je travaille à une représentation iconique de l’individu transcendé par la lumière artificielle de mon studio en plein air. L’incidence des flashs sur le personnage au premier plan, dans un contexte baigné de lumière naturelle, donne une touche surnaturelle à l’image. C’est tout le sens de ma démarche : donner aux gens ordinaires, à travers leur représentation symbolique et iconique, une place littéralement extraordinaire ; celle réservée autrefois, dans toute l’histoire de l’art, aux divinités et aux dominants. J’ai une tendresse immense pour les personnes qui acceptent d’entrer dans mon procédé créatif, leur générosité me touche et me surprend à chaque fois. Cette capacité à sortir de soi pour se mettre en scène, exposer son archétype propre, nous l’avons tous en nous, qui plus est en vacances, encore faut-il surmonter sa timidité ou sa pudeur. Je souhaite, ici, les remercier tous du fond du cœur à nouveau.
/
MosaïqueMosaic
LégendeLegend
Description